DPE et passoires thermiques : cauchemar ou opportunité ?

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Florentine13 min de lecture

Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est devenu en quelques années l’équivalent immobilier du bulletin scolaire : une petite lettre entre A et G, capable de déclencher des fiertés, des sueurs froides… ou une avalanche de travaux.

Alors, pour un propriétaire bailleur : le DPE, cauchemar réglementaire ou véritable opportunité patrimoniale ? Spoiler : un peu des deux.

1 Le DPE : ce papier qui fait trembler tout le marché immobilier

Définition rapide (promis, on ne vous fait pas un cours magistral)

Le DPE est un diagnostic obligatoire qui mesure :

  • la consommation d’énergie annuelle du logement,
  • ses émissions de gaz à effet de serre,
  • la performance de l’isolation et du chauffage,
  • et quelques informations annexes (ventilation, confort thermique…).

À la fin, vous obtenez :

  • une lettre (A à G),
  • un niveau de consommation (kWh/m²/an),
  • un statut réglementaire (conforme / passoire).

Dit comme cela, rien d’alarmant.

Sauf que depuis la loi Climat et Résilience de 2021, le DPE est opposable : il engage la responsabilité de celui qui le fournit. En location, cela signifie que le bailleur n’offre pas seulement un diagnostic “pour faire plus sérieux dans le dossier” : il engage sa responsabilité juridique.

Si le DPE est erroné, un locataire peut demander :

  • une indemnisation (du fait des factures de chauffage bien plus élevées que prévues, par exemple),
  • une baisse de loyer,
  • ou, dans les cas extrêmes, contester la validité du bail pour défaut d’information.

Et ce n’est pas tout :

  • Un mauvais DPE gèle le loyer (impossible d’indexer le loyer d’un F),
  • Une mauvaise note interdit carrément de louer (G aujourd’hui, F à partir de 2028).

Autrement dit : un DPE approximatif, c’est un litige assuré ; un DPE défavorable, c’est un loyer figé ; un DPE catastrophique, c’est un logement condamné.

Moralité : autant soigner son diagnostic - cela coûte toujours moins cher qu’un contentieux et beaucoup moins qu’un logement immobilisé.

2 Le DPE vécu comme un cauchemar : comment une simple lettre peut dynamiter une stratégie immobilière

Beaucoup de bailleurs craignent le grand méchant DPE, qui a souvent droit de vie ou de mort sur leur bien immobilier. Voyons pourquoi en détail.

Le couperet réglementaire : obligations et interdictions

1 Réforme 2021 (Loi Climat et Résilience) : la fin des DPE au doigt mouillé

Si vous avez connu l’époque où un DPE se résumait à regarder deux factures EDF, sachez que cette période est officiellement terminée.

Depuis juillet 2021, le DPE repose sur une méthode standardisée, avec des critères objectifs basés sur les caractéristiques du bâti.

👉 Conséquence : de nombreux biens ont été déclassés en F ou G du jour au lendemain, créant ainsi une onde de choc dans le marché immobilier. L'effet a été immédiat : panique collective, appels frénétiques aux diagnostiqueurs et branle-bas de combat pour les artisans.

2 Une longue période de consolidation

Entre 2022 et 2025, l’État a ajusté la méthode pour la rendre plus juste… tout en renforçant les obligations pesant sur les propriétaires.

🛠️ Ajustements techniques

  • Correction de certains biais, dont celui qui envoyait les studios de moins de 30 m² en catégorie F comme si leur simple existence était un crime énergétique.
  • Amélioration des données d’isolation, ventilation, bâti.
  • Mise à jour des matériaux dans la base de calcul (adieu laine de verre des années 80 comme valeur par défaut).

Bref, le DPE est devenu un peu moins injuste, mais toujours aussi déterminant.

📋 Nouvelles obligations pour les propriétaires

Et parce que la méthode ne suffisait pas, le législateur a ajouté quelques friandises réglementaires :

  • Audit énergétique obligatoire pour les logements E, F et G à la vente.
  • Gel des loyers pour les F et G : l’indexation des loyers sur l’IRL (indice de référence des loyers), vous oubliez.
  • Obligation d’afficher le DPE absolument partout (annonces, bail…).

🚫 Interdictions de louer : le calendrier que personne n’aime relire

Classe DPEInterdiction de louer
GDepuis le 1ᵉʳ janvier 2025
FÀ partir du 1ᵉʳ janvier 2028
EÀ partir du 1ᵉʳ janvier 2034

👉 En résumé, même si votre logement consomme moins qu’un frigo américain, si un diagnostiqueur en décide autrement, votre loyer reste au régime sec.

Les chiffres 2024-2025 sont clairs (et douloureux pour les concernés) :

  • Un logement classé F ou G perd 10 à 20 % de valeur, parfois davantage hors zones tendues, où les acheteurs ont le luxe… de comparer.
  • En effet, les acquéreurs sont de plus en plus sensibilisés et se méfient : un logement classé F sous-entend un poste de travaux important. L’acheteur se dit donc qu’il n’achète pas seulement un bien… mais aussi un chantier, un budget, un planning et potentiellement un nouvel ami : son artisan RGE.
  • Les banques elles-mêmes intègrent désormais le risque énergétique dans leurs décisions. Pour elles, un logement énergivore, c’est :
  • un risque locatif (risque d’interdiction de louer présent ou futur)
  • un risque financier (risque de non-revente ou de non-remboursement)

Ce qui a un impact sur les conditions de prêt, voire même peut entraîner un refus poli mais ferme.

En 2026, un DPE médiocre est devenu l’équivalent immobilier d’un trou temporel dans un CV. Ce n’est pas rédhibitoire - certaines entreprises embauchent encore - mais vous sentez immédiatement qu’il faudra convaincre.

Mais soyons clairs : on peut débattre de calendrier, de coefficient et de critères… mais pas d’un fait : rénover les passoires énergétiques, c’est comme manger des légumes. On n’a pas toujours envie, mais on sait que c’est indispensable pour la planète.

Le coût réel d’une passoire thermique : pas seulement un problème écologique

Posséder - ou louer - une passoire thermique, ce n’est pas juste polluer un peu plus. C’est ouvrir la porte à un vrai gouffre financier.

1 Pour le bailleur

  • Pour les logements charges comprises : vous absorbez les coûts.
  • Pour les biens charges non comprises : gros risque social (locataire fragile, fort turnover, risque d’impayés…). Sans compter le gel des loyers pour les logements F et l’interdiction de louer pour les G (puis les F). Une garantie loyers impayés (GLI) peut limiter la casse.

2 Pour le locataire

Selon Soliha, une passoire thermique de 100m2 peut engloutir jusqu’à 600€/mois en énergie. Oui, par mois.

C’est un sacré budget - voire un vrai supplice thermique pour ceux qui ne peuvent pas payer.

3 Pour l’investisseur

Sortir un logement des classes F ou G coûte en moyenne 200 à 450€/m2, soit 10 000 à 22 500€ pour un 50m2. Et ce n’est pas garanti d’atteindre la note visée - tout dépend de la qualité des travaux, sans compter les imprévus (structure, humidité, retards…).

Maintenant que le tableau est posé, voyons comment faire de ce DPE un levier.

3 Le DPE comme opportunité : quand la contrainte devient un levier de création de valeur

Heureusement, l’histoire ne s’arrête pas au stress.

Le DPE, bien compris, peut devenir un outil stratégique puissant.

Acheter un mauvais DPE volontairement : la stratégie “prix cassés et travaux maîtrisés”

Oui, certains investisseurs se lèvent le matin pour chercher des passoires thermiques. Pas parce qu’ils aiment le froid ou les factures Engie, mais parce qu’ils ont compris un principe simple : là où tout le monde fuit, les bonnes affaires commencent.

Pourquoi ?

  1. Le prix est décoté (10 à 20 %). Rappelez-vous, le cauchemar du vendeur… fait le bonheur de l’acquéreur. Merci les jeux à somme nulle.
  2. Les travaux de rénovation énergétique sont prévisibles. Depuis que l’audit énergétique est obligatoire pour les logements classés E, F et G, il transforme l’achat d’une passoire en opération chirurgicale. Vous savez ce qu’il faut faire, dans quel ordre, combien ça coûte (en théorie) et ce que ça fera gagner en classes. Une sorte de “guide Michelin de la rénovation énergétique”, les étoiles en moins.
  3. Et c’est la que la magie opère : un mauvais DPE peut prendre 2 à 3 classes si on soigne isolation, chauffage et ventilation. Traduction : un G anxiogène peut devenir un D parfaitement fréquentable. Et parfois même un C, pour les plus ambitieux.
  4. Contrairement à la légende urbaine, les banques ne détestent pas les passoires. Juste les passoires… sans travaux. Présentez un audit clair et un plan de rénovation et certaines vous proposeront même des prêts bonifiés “verts” ou des packages “achat + rénovation” (comme Pretto).
  5. La valeur patrimoniale grimpe souvent plus vite que la facture des travaux, ce qui est assez rare pour être souligné.
  6. Le logement devient… désirable à la location. Minute papillon, on en parle juste après.

👉 À retenir : acheter une passoire n’est pas une folie, c’est une stratégie. Car c’est l’un des rares cas où un défaut peut devenir… une marge.

La prime aux logements performants : la nouvelle aristocratie énergétique

Sur le marché immobilier 2026, il existe désormais une noblesse : les logements bien classés.

Classe A, B, C… parfois D, mais c’est limite. Bref, ceux qui ne font pas transpirer les diagnostiqueurs ni fuir les locataires.

Et comme toute aristocratie, les privilèges sont bien réels.

Un logement performant, c’est d’abord un bien immédiatement compétitif. Sur une plateforme d’annonces, un C brille plus fort qu’un F - un peu comme un profil LinkedIn sans faute d’orthographe : tout le monde clique plus facilement.

Résultat ?

  • Location express, candidats triés : un bon DPE réduit la vacance locative en attirant les profils stables, ceux qui savent lire une facture et apprécient de ne pas grelotter l’hiver.
  • Loyer dans la fourchette haute des prix du marché : quand votre logement ne coûte pas 300€ de chauffage en janvier, bizarrement, les candidats acceptent mieux le loyer proposé.
  • Gestion plus sereine : moins d’énergie consommée = moins d’appels du locataire qui s’étonne d’avoir une facture d’électricité digne d’un data center.
  • Revente simplifiée : un bon diagnostic, c’est un peu comme un contrôle technique vierge. Il rassure l’acheteur et valide le prix.

👉 La performance énergétique devient un véritable critère de différenciation, presque un marqueur de statut.

Posséder - ou rénover pour atteindre - une bonne lettre n’est plus seulement une question d’écologie ou de confort. C’est devenu un avantage concurrentiel, un booster de rentabilité et parfois même un argument marketing.

Le DPE comme outil de pilotage (et le “cadeau surprise” de 2026)

Bonne nouvelle : 2026 apporte un cadeau que personne n’attendait vraiment mais que tout le monde va accepter - le changement du coefficient de conversion électrique.

Autrement dit : le chauffage électrique, longtemps traité comme le vilain petit canard énergétique, retrouve soudain une réputation plus flatteuse.

👉 Le coefficient passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026.

Une ligne dans une formule, certes, mais une ligne qui change… tout.

Concrètement :

  • Les logements chauffés à l’électricité verront leur note remonter (sans un seul rouleau de laine de verre).
  • Jusqu’à 850 000 logements pourraient changer de classe.
  • 7 millions de logements au total seraient améliorés.
  • Des F et même quelques G pourraient devenir E ou D, comme par magie — mais une magie réglementaire.
  • Des logements aujourd’hui interdits de location pourraient redevenir parfaitement louables.
  • Et les petites surfaces chauffées à l’élec, jusqu’ici massacrées dans les calculs, seront enfin traitées comme des logements et non comme des radiateurs avec une porte.

⚠️ Attention : cette amélioration est purement administrative. Elle ne change ni le confort du logement, ni les factures d'énergie. Mais elle change tout pour la conformité réglementaire.

Pourquoi c’est important pour les bailleurs ?

Parce que cela change totalement la manière de piloter son patrimoine :

  • priorisation des travaux,
  • arbitrages entre rénovation et location,
  • stratégie d’achat,
  • valorisation patrimoniale.

Ce qui, hier encore, était un F anxiogène peut devenir demain un D gérable — ce qui n’a pas tout à fait le même parfum sur un marché où les passoires thermiques disparaissent petit à petit.

D’un point de vue marché : c’est un séisme silencieux.

D’un point de vue investisseur : un bonus inattendu.

D’un point de vue bailleur : une respiration, voire une opportunité, selon votre appétence pour les tableaux Excel.

Bref : en 2026, le DPE ne sera pas seulement une sanction.

Ce sera surtout un tableau de bord stratégique.

Conclusion : le DPE, meilleur ennemi… ou meilleur allié du bailleur ?

Le DPE, c’est un peu comme un collègue très franc : parfois brutal, souvent utile, et toujours impossible à ignorer. Il peut ruiner une rentabilité, bloquer une location ou transformer un investissement en parcours du combattant. Mais il peut tout aussi bien permettre une négociation d’achat imbattable, éviter une erreur monumentale ou structurer une stratégie patrimoniale pour les vingt prochaines années.

Autrement dit :

👉 Le DPE n’est ni un monstre, ni un miracle.

C’est un outil. Un outil puissant.

Et comme tous les outils puissants, tout dépend de la manière dont on s’en sert.

C’est justement là qu’intervient Hestia.

Avec Hestia, le DPE n’est plus un PDF anxiogène qu’on glisse en annexe : c’est un instrument de pilotage. Notre système vous permet de vérifier automatiquement la conformité de votre logement, d’anticiper les futures interdictions réglementaires, de centraliser diagnostics, documents et échéances… et surtout de transformer cette fameuse étiquette énergétique en donnée actionnable.

Parce qu’entre subir le DPE et s’en servir intelligemment, la différence n’est pas marginale : elle est immense.

Avec les bonnes informations, la bonne lecture… et les bons outils (Hestia, totalement par hasard), ce diagnostic peut devenir non pas un problème, mais un allié redoutable pour protéger, optimiser et valoriser votre patrimoine.

FAQ

Le DPE est-il obligatoire pour louer ?

Oui. Pour tout propriétaire bailleur qui met un bien en location, un DPE valide doit être fourni. Les logements F et G sont soumis à des restrictions (gel des loyers, interdictions progressives).

Quel est le prix moyen d’un DPE en 2026 ?

Le coût d’un DPE varie selon la taille du logement, sa complexité, sa localisation ou le professionnel. En 2026, la fourchette généralement constatée se situe entre 100 et 250 €.

Quelles sont les dates d’interdiction de louer selon la classe DPE ?

  • Classe G : interdiction effective depuis le 1ᵉʳ janvier 2025.
  • Classe F : interdiction prévue à partir du 1ᵉʳ janvier 2028.
  • Classe E : interdiction prévue à partir du 1ᵉʳ janvier 2034.
  • Classe D (et mieux) : pas d’interdiction annoncée — ces logements restent louables. (Calendrier défini dans la loi Loi Climat et Résilience, 2021.)

Un DPE peut-il être faux ?

Oui. Le DPE est opposable : si un diagnostiqueur commet une erreur, sa responsabilité peut être engagée. D’où l’intérêt de choisir un professionnel certifié.

La réforme de 2026 améliore-t-elle tous les logements ?

Non. Seuls les logements chauffés à l’électricité sont concernés. Les biens au gaz/fioul ne seront pas revalorisés.

Combien coûtent les travaux pour passer de G à D ?

Selon l’ampleur des travaux (isolation, chauffage, ventilation, etc.), le coût peut varier fortement. Pour un logement compact ou un petit appartement (ex. ~ 50 m²), on peut tabler sur 10 000 à 20 000 €. Pour un logement de taille moyenne (ex. ~ 100 m²), le budget peut atteindre 20 000 à 45 000 € ou plus, selon les travaux à effectuer et l’état initial du bien.

Un bon DPE augmente-t-il la valeur d’un logement ?

Oui. Les biens classés C ou D se revendent plus vite, avec moins de négociation. Les F/G subissent une décote de 10 à 20 %.

Comment savoir si mon logement sera conforme en 2028 ou 2034 ?

Hestia calcule automatiquement la conformité actuelle et future, selon les seuils réglementaires et les réformes prévues.

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